L’ORTHOPHONIE EN ALGERIE

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Psychologie, orthophonie et neuropsychologie en Algérie

Auteur:

 Dr Nadia Sam – Psychologue orthophoniste-Ancienne praticienne – EHS d’Azur-Plage –  Maître de conférences Classe A – Maître de recherches – Titulaire d’une licence de psychologie option orthophonie – Université d’Alger – Docteur de Psychologie – Université de Paris 8 – Habilitation Universitaire – Université d’Alger

Résumé 

La neuropsychologie s’intéresse à la relation entre le fonctionnement cérébral et les fonctions cognitives. Elle étudie l’impact des lésions cérébrales sur le comportement. Cette discipline a connu un développement remarquable en Europe et aux Etats-Unis, durant ces dernières décennies. Elle a permis, grâce à l’élaboration de plusieurs modèles théoriques du fonctionnement cognitif, de comprendre non seulement les processus mis en jeu dans les différentes fonctions mentales supérieures, mais aussi la nature des différents syndromes occasionnés ou non par des lésions cérébrales, chez l’enfant, chez l’adolescent,  chez l’adulte et chez la personne âgée. Malheureusement, très peu d’importance est donnée à cette discipline dans la formation des psychologues algériens puisque, mis à part en orthophonie, aucun module faisant appel à la neuropsychologie n’est dispensé aux étudiants des autres spécialités. C’est pourquoi nous souhaitons, à travers cette conférence, sensibiliser les étudiants de psychologie et des sciences de l’éducation sur l’importance de cette discipline dans leur formation et probablement dans leur pratique.

Mots clés : Neuropsychologie – fonctions cognitives – psychologie – orthophonie.

 Introduction : 

Dans un pays comme le nôtre, la psychologie est souvent considérée comme une sous-spécialité par rapport aux autres sciences particulièrement, aux sciences médicales. Ces préjugés sont non seulement le résultat de l’ignorance de beaucoup de gens de la réalité de cette discipline, mais aussi de la dévalorisation de la formation se traduisant par une orientation massive d’un grand nombre de nouveaux bacheliers vers cette discipline sans tenir compte de leurs vocations d’où les effectifs sont pléthoriques pour un encadrement humain et matériel insuffisant. Pendant longtemps, le psychologue a été considéré comme étant celui qui ‘’traite les fous’’ ou ‘’qui lit dans les pensées des autres’’. Autrement dit, consulter chez un psychologue constituait un véritable tabou. Le terrorisme et les différentes catastrophes naturelles qui ont frappé l’Algérie ces deux dernières décennies ont permis au psychologue de se faire accepter dans notre société, notamment dans les villes principales, et de valoriser son statut social. Face à ces calamités, beaucoup d’algériens ont senti la nécessité de consulter, d’être écoutés, orientés, guidés afin de surmonter les souffrances et les peurs qu’ils vivaient au quotidien. Voir un psychologue, particulièrement dans les grandes villes, est devenu une nécessité. De ce fait, le statut du psychologue a changé en fonction des besoins de la population. Mais cela lui suffit-il  pour s’imposer au moment où notre pays connaît des mutations sociales, économiques, politiques et culturelles rapides? Que doit-on faire pour donner la place méritée à la psychologie dans une société aussi instable ? Doit-on se limiter aux quelques spécialités enseignées à l’université algérienne ? Bref, comment peut-on contribuer à l’évolution de cette science qui connaît au même moment un développement remarquable en Europe et aux USA ?

Grâce au développement de la psychologie et à son interaction avec d’autres disciplines telles la neurologie, la neuroradiologie, la linguistique de nouvelles branches sont nées telle la neuropsychologie qui constitue un centre d’intérêt de la communauté scientifique occidentale. Le développement des connaissances du comportement humain, le perfectionnement des moyens radiologiques ont permis de révolutionner les questions relatives au cerveau et aux comportements normaux et pathologiques. Cependant, au moment où la neuropsychologie soulève l’enthousiasme de la communauté scientifique internationale, nous continuons à ignorer son importance. Les chercheurs américains et européens se sont aperçus que l’étude des processus complexes de l’esprit tels que la perception, le langage, l’attention, la mémoire, le contrôle moteur, les émotions et la conscience elle-même est non seulement scientifiquement réalisable mais, elle peut être conduite par différentes approches. Qu’attendons-nous pour œuvrer dans ce sens et contribuer ainsi à l’évolution de la psychologie ? Jusqu’à quand devons-nous négliger différentes disciplines sous prétexte que nous nous inscrivons dans d’autres perspectives théoriques ?

Il est indispensable pour chaque étudiant, chercheur et praticien algérien de s’ouvrir aux nouveaux courants de la psychologie. Si non, pourquoi enseigner l’épistémologie et insister sur l’importance des critères de l’esprit scientifique ! Par la suite, c’est au psychologue de s’inscrire dans le courant théorique de son choix suivant ses convictions. Il serait probablement difficile d’introduire la neuropsychologie dans nos universités en tant que discipline à part entière, mais il n’est pas interdit d’essayer. Dés lors, la question qui s’impose concerne la raison pour laquelle on n’introduit pas la neuropsychologie dans la formation des psychologues et/ou on n’ouvre pas de licence dans cette discipline.

Afin de bien expliquer mon opinion, je juge indispensable d’apporter quelques éclaircissements en ce qui concerne cette discipline.

Définition de la neuropsychologie : 

Comme le souligne bien Seron (1998), qu’à l‘origine de la neuropsychologie, le fonctionnement psychologique peut être mis en relation avec les structures et le fonctionnement cérébral. Autrement dit, la neuropsychologie étudie la relation entre les fonctions supérieures et les zones cérébrales correspondantes. Elle s’intéresse donc au rapport entre processus neurologiques et fonctions mentales supérieures. Son objectif est de comprendre comment les modifications au niveau du cerveau peuvent affecter le comportement. Ceci implique une double approche quantitative. La première est une approche scientifique de la psychologie. Elle vise à décrire objectivement et à comprendre les fonctions comme la perception, la mémoire, l’intelligence, l’attention, le langage et la communication, les capacités du raisonnement, la régulation des émotions, les programmations des gestes et des actions, les capacités visuo-spatiales … La seconde est basée sur les connaissances scientifiques sur le cerveau décrites par la neuro-anatomie macroscopique et microscopique, la neurophysiologie, la neurochimie et la neurologie clinique. Il s’agit donc d’une science intégrative et synthétique basée sur des éléments tirés des neurosciences et des sciences cognitives. Ainsi, la neuropsychologie est-elle un lieu privilégié d’interaction entre la neurologie et la psychologie.

Domaines de la neuropsychologie : 

On distingue plusieurs branches de la neuropsychologie : la neuropsychologie clinique, la neuropsychologie expérimentale, la neuropsychologie cognitive modulaire, la neuropsychologie développementale.

La neuropsychologie clinique traite les différentes perturbations des fonctions cognitives engendrées par des lésions cérébrales. De cette définition se dégagent trois approches. La première est clinique puisqu’on est en présence d’une pathologie. La seconde est descriptive étant donné qu’elle décrit les fonctions cognitives. La dernière approche est neuropsychologique puisqu’il s’agit de comprendre la relation qui existe entre les lésions cérébrales et les fonctions altérées.

La naissance de la neuropsychologie est souvent associée à la découverte de Broca (1861). Il a décrit une atteinte isolée du langage survenue à la suite d’une lésion cérébrale antérieure. Puis, Wernicke (1874) a prouvé qu’une lésion cérébrale postérieure entraîne des troubles du langage différents de ceux observés par Broca. Ceci implique que plusieurs zones cérébrales interviennent dans le langage, et que le principe de la corrélation anatomo-clinique était déjà connu, puisque les travaux de Broca ont documenté les associations entre aphasies et lésions cérébrales. A partir de ses recherches, Broca a mis en évidence l’existence d’une asymétrie fonctionnelle des hémisphères cérébraux. Par ailleurs, il a montré que l’application d’un examen systématique des déficits des fonctions mentales permettait l’étude de l’anatomie fonctionnelle cérébrale. L’étude des fonctions cognitives à partir de la lésion cérébrale a également montré que ces fonctions pouvaient être segmentées en composantes susceptibles d’être affectées séparément par la pathologie cérébrale. Autrement dit, la lésion cérébrale est supposée altérer uniquement certaines composantes du système cognitif, ce qui sous-entend la présence de fonctions préservées. Ceci nous mène à décrie des dissociations entre fonctions préservées et fonctions altérées. Ces dissociations font l’objet de la neuropsychologie cognitive modulaire. Toutes ces approches ont influencé la neuropsychologie, et ont été renouvelées par la modélisation du fonctionnement cognitif.

La neuropsychologie de l’enfant est héritière de celle de l’adulte et même s’en détache puisque les dysfonctionnements chez l’enfant concernent des fonctions cognitives en voie de développement. Cette discipline est née conjointement à celle de l’adulte avec les travaux de Broca (1861) et Cotard  (1865) dans lesquels ils ont posé les grandes questions sur les différences d’expression des troubles aphasiques chez l’enfant et chez l’adulte. Ils ont suggéré  que le langage pouvait rester normal chez l’enfant présentant une destruction totale des zones  langagières de l’hémisphère gauche, alors qu’une telle lésion entraînait une aphasie sévère chez l’adulte. On a pensé que les lésions apparaissant à un âge précoce épargnaient le langage en raison de l’immaturité de l’organisation cérébrale. Cette observation a été à l’origine des discussions et des études menées, d’une part sur ce que Van Hout (2002) a appelé ‘’l’épargne lésionnelle chez l’enfant’’ de la réduction des symptômes lésionnels, et d’autre part sur la latéralisation hémisphérique. L’idée de ‘’l’épargne lésionnelle chez l’enfant’’ provient du fait qu’on supposait que les hémisphères cérébraux étaient équipotentiels au début de la vie et se spécialisaient pour le langage pendant l’enfance, ce qui explique l’hypothèse du transfert du langage d’un hémisphère à un autre lors d’une lésion unilatérale (Lenneberg, 1967). Ces questions ont fait, pendant longtemps, l’objet de discussions en  neuropsychologie de l’enfant.

D’une manière générale, l’étude des troubles survenant chez l’enfant après une atteinte cérébrale acquise constitue un secteur très important de la recherche, mais il constitue également un domaine d’une extrême complexité. Les recherches peuvent être entreprises dans plusieurs directions, l’une encore très présente aujourd’hui consiste simplement à mieux décrire la séméiologie des troubles acquis chez l’enfant, et à tenter à relier leurs causes neuropathologiques sous-jacentes. L’étude longitudinale des tableaux pathologiques fait aussi l’objet de travaux importants : il s’agit ici de déterminer quelles seront les conséquences à long terme d’atteintes cérébrales précoces et de déterminer quelles seront les possibilités de réorganisation du fonctionnement cérébral sont possibles, dans les différents domaines de la cognition et jusqu’à quel moment du développement elles peuvent encore se produire. 

Le perfectionnement de l’imagerie cérébrale et le développement de la psychologie, de la psycholinguistique et de la neuropédiatrie ont permis d’établir des corrélations anatomo-fonctionnelles chez l’enfant et de délimiter des syndromes aphasiques. Ainsi, la plupart des études ayant permis, en quelques sortes, d’établir les bases neurologiques de l’aphasie de l’enfant au même titre que celle de l’adulte, peuvent-elles être considérées comme fondatrices de la neuropsychologie développementale.

Le champ de celle-ci est l’étude du paradoxe qui existe entre les syndromes lésionnels peu marqués théoriquement et les syndromes langagiers développementaux, telles les dysphasies (appelées également troubles spécifiques du développement du langage) et les dyslexies. Cependant, si l’étude des conséquences comportementales résultantes de lésions cérébrales telle l’aphasie revêt un intérêt fondamental pour établir les fondements biologiques du langage de l’enfant, au plan quantitatif, les troubles développementaux du langage et des apprentissages sont les plus fréquents.

Quant à la neuropsychologie expérimentale développée essentiellement dans les laboratoires de recherche, étudie le fonctionnement cognitif à partir des expériences et observations réalisées sur les dysfonctionnements cérébraux et sur les systèmes d’intelligence artificielle. Cette discipline scientifique est mise en œuvre par des chercheurs formés à la méthodologie expérimentale, à la psychologie cognitive et aux neurosciences. Ces objectifs sont théoriques : elle élabore des modèles sur les fonctions cognitives qui accordent plusieurs statuts au substratum cérébral.

A partir de ces brèves définitions de ces différentes branches de la neuropsychologie, il est clair que cette discipline nous permet d’aborder scientifiquement les troubles développementaux et les déficits consécutifs à des lésions cérébrales. C’est pourquoi, à  notre avis, il est important qu’un psychologue quelle que soit sa spécialité, ait des connaissances en neuropsychologie, particulièrement dans un pays comme le notre où le psychologue doit s’imposer non seulement dans son milieu professionnel, mais également dans le domaine de la recherche scientifique.

La raison pour laquelle j’insiste sur la neuropsychologie est liée au fait, que lors de ma pratique dans un établissement hospitalier spécialisé en médecine physique, j’ai été confrontée à des pathologies neuropsychologiques auxquelles je n’y étais pas préparée telles que, chez l’enfant : l’aphasie de l’enfant, le syndrome de Landau-Kleffner, le syndrome de Moebius, l’infirmité motrice cérébrale, l’agénésie du corps calleux, et chez l’adulte ; en plus des aphasies, la sclérose latérale amyotrophiques, la sclérose en plaque, la maladie de Parkinson… C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de l’intérêt de la neuropsychologie dans la prise en charge psycho-orthophonique de ces différents syndromes. De ce fait, j’estime que quelle que soit la spécialité du psychologue et le courant théorique dans lequel il s’inscrit, il doit avoir des connaissances sur les processus impliqués dans le traitement de l’information et leur relation avec les structures cérébrales, afin non seulement d’expliquer les différentes altérations observées chez son patient, mais de surtout comprendre la nature des fonctions auxquelles on fait appel lors de l’évaluation.

Neuropsychologie et psychologie : 

D’une manière générale, la psychologie est l’étude des comportements humains. Il n’est pas question ici de la définir ou de délimiter ses champs d’intervention, mais de montrer l’importance de se référer à la neuropsychologie lors de sa pratique notamment lorsqu’il s’agit de la prise en charge des troubles développementaux, des troubles acquis et des déficits liés au vieillissement. Comme je l’ai souligné plus haut, un dysfonctionnement du système nerveux central provoque des troubles divers tels les déficits de la régulation de l’organisme, les déficits des fonctions neuropsychologiques telles que les troubles de la mémoire épisodique, les troubles de la perception, les perturbations de la conscience, des émotions, les déficits des représentations spatiales, les troubles scolaires liés aux altérations du langage oral et écrit, du raisonnement, du jugements, les altérations des praxies et des gnosies… L’évaluation de ces troubles repose sur la méthode clinique. Elle s’effectue généralement avec des tests psychométriques ce qui semblerait facile pour le psychologue. Néanmoins, cette pratique exige également des connaissances sur le fonctionnement du cerveau sur les bases biologiques des comportements humains et sur les processus sous-jacents des fonctions sujettes à une évaluation. L’examen vise donc à identifier les fonctions altérées et les fonctions préservées afin de dégager le profil cognitif du patient. Par exemple, lorsqu’on est en présence d’un enfant présentant un trouble spécifique d’un apprentissage, il est important que le psychologue dresse un profil cognitif tout en tenant compte, bien entendu, des troubles psychoaffectifs lorsqu’ils existent  Des échecs scolaires peuvent résulter d’un déficit d’une composante du système cognitif. C’est pourquoi il est impératif de faire un diagnostic différentiel. Ainsi, une bonne connaissance des différentes fonctions mentales est-elle nécessaire pour une description exhaustive des symptômes. Poser un diagnostic des déficits des fonctions cognitives ne signifient pas faire un relevé des résultats obtenus aux différents tests utilisés. Il faut savoir que la complexité de certains tests et la construction et le développement d’autres, s’inscrivant dans un cadre théorique précis, rendent l’interprétation des résultats difficile. Par ailleurs, il est parfois impossible de poser un diagnostic rigoureux car les tests appliqués sont insuffisants, ce qui nous oblige à faire preuve d’ingéniosité et à recourir à d’autres examens adaptés à certains patients ou même à en improviser, si nécessaire. D’autres facteurs doivent être pris en compte lors de l’évaluation des fonctions cognitives lorsque les déficits résultent d’une lésion cérébrale tels que les lésions microscopiques diffuses, les lésions focales, les phénomènes de la diachisis, la plasticité cérébrale…Une connaissance minimale des bases neurologiques et neuropathologiques des fonctions mentales est donc indiscutable.

Comme il est coutume en psychologie, la prise en compte de la relation entre le patient et la situation de ‘’testing’’ des fonctions neuropsychologiques reste nécessaire. Il peut être difficile de faire le lien entre les performances obtenues au test et les plaintes du patient elles-mêmes ou son comportement dans sa vie quotidienne. On doit donc éventuellement appliquer d’autres tests plus spécifiques. 

Tous ces éléments ne feront, à mon avis, qu’élargir le champ d’intervention du psychologue et enrichir sa formation et ses connaissances. C’est pourquoi je pense qu’il est temps d’accepter les nouveautés de la psychologie en permettant à l’étudiant, dans un premier lieu, de prendre connaissance de la neuropsychologie.

Neuropsychologie et orthophonie : 

Mon intention, ici, ne consiste pas à séparer l’orthophonie de la psychologie  vu les liens qui les relient et leur complémentarité. Je souhaite uniquement tenter d’expliquer l’importance de la pratique de l’orthophonie dans une perspective neuropsychologique.

L’orthophonie est la prise en charge des troubles du langage oral et/ou écrit. Etant une discipline jeune notamment en Algérie, elle emprunte ses méthodes à la psychologie clinique, à la linguistique et à la psychopédagogie. C’est dans son aspect rééducatif que se situe l’apport le plus spécifique à l’orthophonie.

Nous savons que le langage est l’une des fonctions mentales les plus complexes qui demande pour sa réalisation et sa compréhension l’intervention de plusieurs fonctions cognitives telles que la mémoire, les fonctions attentionnelles, exécutives, spatiales, praxiques, gnosiques, la motricité et l’affectivité. Son développement repose sur une interaction entre supports neurophysiologiques et épigénétiques, entre maturation cérébrale et stimulations environnementales. Qu’il s’agisse d’un trouble développemental ou d’un déficit acquis, le psychologue orthophoniste se doit, lors de l’évaluation des troubles du langage, de prendre en compte toutes ces différentes fonctions s’il souhaite établir un diagnostic précis et rigoureux.  Je cite, à titre d’exemple, la prise en charge des aphasies. Lors de l’examen, un bon clinicien doit évaluer, tout en suivant les démarches citées dans le paragraphe précédent, non seulement toutes les composantes de l’information langagières, mais aussi les processus cognitifs relatifs à ce traitement (la mémoire, l’attention, la perception, les praxies, les gnosies…). Autrement dit, il est important d’introduire l’examen du langage dans un bilan neuropsychologique, car les aphasies s’accompagnent souvent de troubles neuropsychologiques. Si ces déficits ne sont pas pris en considération, il est fort possible d’attribuer des troubles practo-gnosiques et/ou mnésiques à des troubles du langage notamment à des perturbation de la compréhension, ce qui implique une erreur de diagnostic et un protocole rééducation complètement inadapté au patient. L’inscription des modèles neuropsychologiques dans l’étude des dyslexies, des troubles spécifiques du développement du langage (dysphasies), de l’infirmité motrice cérébrale et beaucoup d’autres troubles du langage s’avère nécessaire, car elle permet de comprendre la nature des déficits cognitifs observés. C’est pourquoi, durant toute ma pratique dans cet établissement hospitalier, je me suis inspirée de la neuropsychologie pour la prise en charge de nos patients (évaluation et rééducation).

Conclusion : 

Même si la naissance de la neuropsychologie remonte à l’Antiquité (relation entre l’esprit et le corps), elle n’a commencé à se développer qu’après la deuxième guère mondiale. L’évolution de cette discipline s’est faite grâce au développement de la neurologie, de la neuroradiologie, de la psychiatrie, de la psychologie et de la linguistique. Comme nous l’avons vu, elle s’intéresse à tous les comportements normaux et pathologiques en relation avec le cerveau.

De ce fait, que l’on soit psychologue orthophoniste, psychologue clinicien, psychologue scolaire ou psychopédagogue, il est important que chacun de nous prenne conscience de l’importance de l’introduction des notions neuropsychologiques dans notre formation et dans notre pratique quotidienne. Cette insertion n’implique en aucun cas un empiètement de notre part sur la neuropsychologie qui est une spécialité à part entière, mais elle nous aide à mieux comprendre le fonctionnement et les déficits des fonctions cognitives, leur récupération, ce qui permettra une meilleure qualité de la prise en charge des déficits observés, car nous devons combler les énormes lacunes engendrées par l’absence de neuropsychologues en Algérie. Il serait également temps de penser à former des licenciés dans cette discipline,au sein de nos universités tel est le cas en Europe et aux Etats-Unis.  

Références bibliographiques : 

1.      Barbeau, M. (2002). La neuropsychologie de l’enfant : une discipline jeune, un héritage ancien in A.NA.E.n°69.  Paris.

2.      Crunelle, D. (2002). Orthophonie et neuropsychologie in  A.NA.E .n°69.  Paris.

3.      Jambaqué, I. (2002). Le rôle du neuropsychologue en neurologie pédiatrique in A.NA.E.n°69.  Paris.

4.      Plaza, M. (2002). Neuropsychologie et neuropsychologues. Une discipline en mal de frontières, une profession en attente de statut in A.NA.E.n°69.  Paris.

5.      Siéroff, E., Platel, H., Eustache, F. (2002). Enseignement de la neuropsychologie dans les études de psychologie in A.NA.E.n°69.  Paris.

6.      Sieroff, E. (2004). La neuropsychologie. Une approche cognitive des syndromes cliniques. Armand Colin. Paris.

7.      Seron, X. (1998). Le programme de la neuropsychologie. Neuropsychologie humaine. Mardaga Editeur.

8.      Seron, X., Van Der Linden, M. (2001). L’anamnèse et l’examen neuropsychologique de base in Traité de neuropsychologie clinique, tome 1. Edition Solal. Marseille.

9.     Van Hout, A. (2002). Le rôle des médecins au plan historique, diagnostique, et, pourquoi pas, thérapeutique, en neuropsychologie de l’enfant in A.NA.E.n°69.  Paris.


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